Le Togo sort hauts les mains
L’avènement des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) en Afrique a révolutionné beaucoup de comportements et de manière de penser des acteurs utilisant ces nouveaux outils. Aujourd’hui plusieurs secteurs d’activités utilisent les TIC pour la rentabilité et la performance de leurs affaires.
C’est le cas de la mise sur la toile de différents services et prestations des secteurs de l’administration de certains pays. Système permettant aux populations de suivre l’évolution de leur pays et d’avoir rapidement des informations sur des sujets de leur préoccupation.
Cette évolution a eu des conséquences notables sur le mode de vie des populations qui ont commencé à utiliser le téléphone mobile pour leur facilité de joindre un correspondant.
Considéré au départ comme un objet de luxe, le téléphone mobile est aujourd’hui une nécessité. On s’en sert avec aisance pour joindre des correspondants partout sans difficulté majeure, pour prendre des vues ou enregistrer des sons. Cette facile utilisation, conforte plusieurs personnes aujourd’hui à introduire les téléphones mobiles dans les processus électoraux en Afrique, vu leur praticabilité.
Ceci expliquant cela, il est déterminant de souligner que le téléphone mobile joue un rôle de premier plan s’il est utilisé à bon escient au cours des élections en Afrique. Cette assertion est révélatrice du rôle prépondérant qu’a joué le téléphone mobile lors des élections présidentielles d’avril-mai 2005 en République Centrafricaine.
En effet avant ces élections, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a fait don d’une vingtaine de téléphones mobiles satellitaires à l’Union des Journalistes de Centrafrique (UJCA) pour collecter les résultats du vote et les centraliser tout en surveillant le processus électoral avant, pendant et après les élections. Après des formations reçues par les journalistes, ceux-ci se sont déployés sur toute l’étendue du territoire pour suivre avec attention l’évolution du scrutin. Ces derniers, à travers leur téléphone satellitaire, ont pu signaler des irrégularités quelque soit leur emplacement dans le pays le jour du vote. Ce travail considérable abattu par la presse, a été apprécié par toute la classe politique.
Au terme du vote, plusieurs candidats de l’opposition reconnaissent leur défaite au premier tour. Ils sont suivis par le candidat de l’ancien parti au pouvoir le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC), qui reconnaît lui aussi sa défaite sans contestation au second tour et félicite le vainqueur. La République Centrafricaine venait dès cet instant, de franchir un grand pas vers la démocratie, évitant ainsi les violentes contestations.
Voici l’un des acquis du téléphone mobile qui bien utilisé génère des résultats absolument appréciables par tous. Cependant la peur de cet outil, emmènent certains dirigeants à porter un coup dure à l’ascension de leur pays vers la démocratisation. Ce cas rébarbatif est significatif de la trouille qu’ont ces dirigeants pour le téléphone mobile, l’une des solutions de transparence au cours des élections en Afrique. Cette expérience s’est vivement illustrée en 2005 au Togo, au cours de l’élection présidentielle qui a opposé le fils de feu le Général Gnassingbé Eyadema à la Coalition de l’opposition, un regroupement de leaders des partis politiques opposés au pouvoir en place.
Ce dimanche matin du 24 avril 2005, les togolais se réveillèrent avec une inquiétude perceptible sur les visages. Le Togo allait connaitre une élection historique. Pour cause, tous les poids lourds de l’opposition venaient de s’unis pour une fois dans l’histoire de ce pays sous la pression de la population afin d’affronter le fils du défunt président que des militaires venaient d’installer au pouvoir au mépris des textes constitutionnels du Togo. Les dieux seraient-ils du côté de la classe politique de l’opposition cette fois-ci ? Les leaders de la Coalition ont-ils mesuré les enjeux de cette élection après le décès de leur farouche opposant le Général Gnassingbé Eyadema le 5 février 2005 ? A constater les dégâts orchestrés pendant cette élection, il nous est loisible de répondre par la négative. Parce que, après la destruction du centre informatique de traitement mis en place par la Coalition de l’opposition afin de recueillir et centraliser les résultats quelques jours après son installation, l’isolement totale du Togo se produisit progressivement.
En effet, quelques heures à peine après l’ouverture du scrutin, l’opérateur de téléphonie mobile privé Télécel arrête d’émettre, privant tous ses clients de communication. Il est suivi entre 17H00 et 18H00, de l’opérateur national de téléphonie mobile Togo Cellulaire (Togocel), qui multiplie par 10 et même parfois par 15 le coût d’une communication sur son réseau, obligeant ainsi tous ses clients à vider leurs crédits d’appel en un ou deux appels. A la fermeture des bureaux de vote, Togocel suspens de manière sélective tous les numéros des leaders et membres actifs connus de la coalition, les privant ainsi de tout moyen de communication et de coordination. Suivront ensuite tous les acteurs de la collecte des résultats pour le compte de la coalition. Quelques instants après cette intervention de Togocel, c’est le black out total : la coupure de toutes les communications téléphoniques fixes et mobiles. Les togolais sont dès lors plongés dans l’isolement total, car personne ne pouvait plus communiquer par téléphone, et même joindre de l’extérieur le Togo était la croix et la bannière.
La résultante de ces actions fût douloureuse et catastrophique, car le Togo connaitra encore et pour la énième fois des tueries massives liées aux contestations électorales (150 à 500 morts selon les différentes sources qui ont enquêtées sur ce dossier) et plus de quarante mille (40 000) togolais exilés au Bénin, au Ghana et au Burkina Faso.
Voilà donc le rôle joué par la sous estimation du matériel informatique qu’est le téléphone mobile au cours de l’élection présidentiel du 24 avril 2005 au Togo. Tandis qu’en République Centrafricaine, au cours de cette année, et même pendant la même période (avril-mai 2005), ce pays venait d’amorcer un grand pas vers le développement économique et la stabilisation de son territoire à travers des élections acceptées par tous, à travers la forte implication des TIC dans le processus.
Il est clair que les TIC comme modèle de développement et de croissance économique ne sont plus à démontrer de nos jours car, ces outils ont fait leur preuve dans bons nombres de pays sur plusieurs continents. Le monde aujourd’hui s’assimile à un village planétaire à cause de l’usage de ces outils. L’Afrique ayant pris un retard considérable dans leur utilisation, fait de grands bonds actuellement pour se mettre au même diapason avec les puissances mondiales.
Au Togo, la méfiance de l’ex-président de la république le Général Gnassingbé Eyadema, et le développement de son service de renseignement ont permis à la population de bénéficier des retombées des TIC. En très peu de temps, des cybers café ont surgi de partout dans la capitale avec des innovations spectaculaires dans le développement de l’acquisition du téléphone mobile par la population. Une facilité d’accès qui s’est exprimée à travers la vente des téléphones mobiles de seconde main en ce sens qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes se servent de cet outil comme moyen de communication.
Ce pouvoir du téléphone mobile est significatif dans la mesure où en 2007, voulant renouveler le Bureau Exécutif de la Fédération togolaise de Football (FTF), un des quatre candidats briguant le poste de la présidence de la Fédération, a mis les bouchées doubles afin de se voir élire. Il a, à cet effet, offert un téléphone mobile de dernière génération à plusieurs électeurs pour que ceux-ci votent pour lui. Mais ne croyant pas en leur franchise et sincérité, le candidat leur demande de filmer leur signature apposée sur le bulletin de vote et de la lui faire visionner par la suite.
Informer de cette manœuvre, le comité chargé de l’organisation de l’élection interdit à tous les électeurs d’entrer dans la salle de vote avec des téléphones mobiles. Une fouille est opérée sur chaque électeur avant que celui-ci n’accède à la salle pour voter. Les résultats proclamés par le comité d’organisation, ont donné le candidat qui avait remis des appareils mobiles aux électeurs perdant.
Ce constat nous révèle le rôle prépondérant que joue le téléphone mobile dans le déroulement des élections en Afrique. Un outil qui permet non seulement de communiquer mais aussi de prendre des images et du son. Leur bonne utilisation donne un satisfécit total à ces utilisateurs.
Faire la promotion de l’usage du téléphone mobile au cours des élections en Afrique, doit être un impératif pour les dirigeants africains, afin de plonger leur pays dans la marche vers la démocratie. Une démocratie toujours vacillante et remise en cause au soir de la proclamation des résultats avec son cortège de dégâts et d’inhumanité. Tous, laissons-nous imbiber par le pouvoir ensorcelant et ingénieux des TIC pour sortir de notre état de léthargie et parler de la même voix que les pays industrialisés car, notre seul salut réside dans le maniement correct de ces nouveaux outils.